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Des formes qui semblent simples, presque évidentes ; la gamme chromatique, évoquent des “ailleurs” : on pense au Japon, à l’Afrique ou plutôt à “des Japons“, “des Afriques“, “des Orients“, rêvés ou plus proches de nous, apparemment, à des objets traditionnels sans que l’on sache préciser de quelles traditions il pourrait s’agir…

 

Et puis, quelque chose vient troubler cette presque familiarité.
 

Un autre ailleurs, qui est l’imaginaire de Timothée Humbert, peuplé de signes et de figures archaïques, enfantines éternelles, élégantes et grotesques. Tout un vocabulaire de gommages, d’effacements, de craquellements et de boursouflures, de plissements, d’empreintes, de superpositions et de griffonnages…
 

C’est alors que l’on prend conscience que ces formes encore une fois si simples, si quotidiennes  constituent les éléments d’un univers éminemment  singulier.

​Jean-Claude Schenkel

Bienvenue dans l’univers de Timothée Humbert, entre rêve, poésie et cauchemar, teintés d’humour et d’ironie.

 

Né à Paris en 1979, Timothée Humbert est un artiste plasticien en céramique, qui pratique également le dessin, la peinture et la gravure. Il décroche en 2004 le diplôme national d’arts plastiques à l’Ecole supérieure des arts décoratifs de Strasbourg, dans l’atelier terre de Michel Delmotte et Arnaud Lang. En parallèle, il suit un apprentissage chez le céramiste Thiébaut Chagué, à Taintrux (Vosges).

 

Installé depuis 2005 à Bonnieux (Vaucluse), il ne crée que des pièces uniques, à différentes échelles, aussi bien objets usuels (bols, coupelles, coupes, plats, vases), que masques, figurines, statuettes et sculptures, peuplées de sigles mystérieux, arches, étoiles, et d’êtres hybrides, monstres ricanants, têtes de mort, génies impassibles, drôles et inquiétants. L’influence des arts traditionnels étrangers y est perceptible, comme les motifs incisés de fleurs, de pastilles et de spirales imbriquées des céramiques et imprimés japonais, la puissance hiératique des sculptures africaines ou encore le ton joyeusement funèbre du carnaval mexicain du Dia de Muertos (Jour des Morts). Ces sources mutent d’ailleurs au contact d’une veine populaire, où percent le goût des mangas, des films fantastiques et de science-fiction. Yodas zombies, robots détraqués, têtes de Mister Jack, fantômes lunaires, oiseaux bizarres envahissent la surface des objets pour former un langage particulier, hiéroglyphes d’un millénaire post-moderne. Ces inscriptions composent des mantras hypnotiques extra-terrestres, qui, répétés d’un objet à l’autre, les relie et leur confère une vie propre. La magie opère lorsqu’elles s’incarnent en trois dimensions, se transformant en totems et fétiches.

 

Les créations de Timothée Humbert prennent place dans une écriture picturale constituée de répétitions et de variations, de superpositions de motifs graphiques, de contours contrastés, de coups de brosse, de coulures, d’inscriptions entremêlées au dessin, de jaillissements de couleurs vives, voire fluorescentes échappées du street art, qui déchirent des tons sourds, camaïeux de bruns et de bleus cobalt délavés. Outre une maîtrise parfaite de l’équilibre entre construction des formes et jeu de l’accident, ce travail révèle un grand sens de la composition, qui offre au regard différents niveaux de lecture, le tient en éveil, prêt à découvrir des détails insoupçonnés. Il traduit aussi l’appétit de l’artiste pour la terre sous ses différentes formes, porcelaine, terres noires, terres rouges, terre chamottée, ciment réfractaire, et son patient travail d’expérimentation sans limite, notamment sur les effets de texture, brillance, matité, pulvérulences, craquelures.

 

Enfin, l’univers prolixe de Timothée Humbert évoque le travail du théoricien de l’art brut, Jean Dubuffet (1901-1985). S’y retrouvent la prédilection pour les effets de matière, le traitement graphique des motifs, leur prolifération recouvrante, les décors contournés, la création d’un œuvre monde, où perce un humour sarcastique. Chez eux, la figure du grotesque occupe une place centrale, à l’instar d’une des familles de décor de la faïence moustiéraine du XVIIIe siècle d’ailleurs. Ici, le terme caractérise le ridicule, le bizarre, le risible, mêlés d'un certain effroi. Dans son essai, « De l’essence du rire »[1], Charles Baudelaire y décèle un principe esthétique essentiel : « le grotesque a en soi quelque chose de profond, d’axiomatique et de primitif qui se rapproche beaucoup plus de la vie innocente et de la joie absolue ». C’est cette joie absolue que nous vous invitons à partager dans cette exposition.

 

Jérôme Recours

Directeur du musée de la faïence de Moustiers-Sainte-Marie

 

[1] in Curiosités esthétiques, Paris, Michel Lévy Frères, 1868.

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